15 jours plus tard…

Aujourd’hui, premier week-end de pseudo-confinement à Kazan. Officiellement, il s’agit d’une semaine exceptionnelle de congés payés, ce qui ,comparé à la patrie de Molière où apparemment les gens sont forcés de poser leurs RTTs, n’est pas si mal finalement ! En tout cas il s’agit de l’occasion idéale pour revenir sur ces deux premières semaines en Russie, et je vais donc m’y atteler sans plus attendre.

Précédemment…

Nous avions laissé notre héros (moi évidemment) à l’aéroport de Kazan après un machiavélique stratagème de correspondances digne des plus grands James Bond. J’arrivais donc aux alentours de 4h du matin, dans un aéroport quasi-désert (et pour cause), à l’exception des aimables employés des douanes contrôlant les passeports. Je me dirigeais tranquillement (pourquoi se presser ?) vers les tapis à bagages… et arrivais juste à temps pour éviter l’ouverture/déminage/destruction du mien par une dame de l’aéroport ! Forcément, quand il n’en reste plus qu’un posé au milieu du hall, c’est un peu suspect…

Heureusement une fois sorti (avec mon sac), mon contact m’attendait sur place comme convenu, j’ai nommé l’inestimable Dilyara. Retenez bien ce nom : si je suis encore vivant, relié à internet, que j’ai un appart, un contrat, et que je ne me suis pas encore fait expulser du territoire Russe, c’est uniquement grâce à elle !

D’ailleurs son aide a démarré assez tôt, puisque juste après m’avoir fait la bise à l’aéroport elle m’a averti qu’il ne fallait en revanche pas essayer cette coutume avec les autres russes ! Un bon conseil en somme: il est toujours appréciable de ne pas passer pour un pervers étrange aux yeux des locaux… Et puis à l’aune de la situation actuelle, l’idée parait plutôt bonne !

Nous voilà donc partis en Über, direction ma nouvelle maison, le « Universiade Village », un grand complexe construit à l’origine pour accueillir les athlètes des 27e Olympiades universitaires mondiales en 2013. Il est maintenant utilisé comme résidence pour les étudiants et les personnels de l’Université Fédérale de Kazan.

Le « Village des Universiades » 28 immeubles répartis sur 53 hectares… et oui, y’a de la place en Russie ! (note: le coin de bâtiment tout à gauche, c’est chez moi !)

Dans le vif du sujet

Après une grosse nuit de presque 5 heures (encore moins pour Dilyara qui a dû rentrer chez elle, ET se lever plus tôt pour revenir me chercher), nous revoilà partis, cette fois direction le centre ville et l’université (celle-ci est située à proximité du très chouette Kremlin de Kazan, dont j’aurais probablement l’occasion de reparler). La faculté elle même est divisée en différents instituts (Maths, Biologie, Géologie, Lettres, etc…) qui sont tous abrités dans plusieurs bâtiments éparpillés le long de la rue centrale menant au kremlin. Le quartier est donc envahi d’universitaires et d’étudiants, et on est assuré, quand on fait 300m pour apporter un papier à l’administration ou se rendre dans un autre bâtiment, de dire bonjour à au moins une tête familière en remontant la rue !

J’ai donc pu découvrir l’institut de géologie, où on m’a prêté un bureau temporaire (je squatte celui d’une chercheuse en congé maternité), en compagnie de Dilyara, Anastasia et Pavel (prononcez « Paviel). L’ambiance générale du labo est très sympathique (l’endroit dispose d’un canapé, signe de bon goût), et on se retrouve pour l’inévitable pause thé/café matin et aprèm dans la petite cuisine. En France, le chercheur carbure au café et aux subventions publiques (si on le prive de l’un des deux il dépérit), je peux désormais affirmer qu’ici c’est la même chose, au moins en ce qui concerne le café !

Le midi la plupart du temps, les gens mangent ensemble après avoir commandé au Tubatay, le fast food tatar de l’autre côté de la rue, mais les premiers jours, Dilyara s’est fait un point d’honneur de m’emmener tester toutes les cantines du coin à raison d’une par jour. Le système de cantines est un peu différent de ce qu’on a en France : ici chaque institut, administration ou ministère (et oui, Kazan est aussi une capitale !) a son propre petit self, mais il est ouvert à tous. Par conséquent, la tournée s’est composée pour l’instant de 4 cantines différentes, un resto tatar, un resto ouzbek, plus le Tubatay (et je doute d’avoir tout testé)… J’ai de plus en plus l’impression qu’on peut ouvrir n’importe quelle porte vers 12h-13h dans la rue de l’université, et trouver une petite gargote où déjeuner…

Une fois installé à un bureau j’ai enfin pu me mettre à… ben à rien foutre en fait : tant que je n’avais pas de contrat, que les cours n’étaient pas organisés, et que je n’avais pas de programme, c’était un peu compliqué de faire autrement. Mes premières journées ont donc été consacrées à vadrouiller sur internet, à apprendre les rudiments du russe, et à aider Dilyara à accumuler les montagnes de paperasses nécessaires à ma régularisation.

« Le laisser-passer A38 ? »

La paperasse justement. Parlons en.

Si obtenir un simple certificat de scolarité auprès de l’administration universitaire provoque chez vous des sueurs froides, ne venez pas en Russie. Si les démarches administratives peuvent parfois tenir du marathon en France, ici elles s’apparentent plus à une course d’obstacle à flanc de falaise en plein milieu d’un cyclone.

En suivant sagement Dilyara pendant 2 semaines, j’ai bien dû visiter au moins deux fois toutes les administrations situées à moins de deux pâtés de maisons du laboratoire. Avec à chaque fois plus ou moins le même scénario :

  1. On s’adresse à l’accueil A [dialogue en russe] : l’accueil A nous redirige vers un bureau spécifique.
  2. On va au bureau A. [dialogue en russe] avec le gugusse en question : On nous file un formulaire.
  3. On remplit le formulaire A.
  4. On va à une autre administration. Ah mais y’a un accueil. [dialogue en russe] : l’accueil B nous redirige vers un bureau spécifique.
  5. On va au bureau B. [dialogue en russe] : on leur file le formulaire A. [dialogue en russe] Ah ça n’a pas l’air bon ? [dialogue en russe énervé] Non, définitivement pas bon… Bon bah on reprend le formulaire A alors.
  6. On rentre au labo.
  7. On va manger parce qu’il est déjà midi quand même.
  8. Dilyara passe des coups de fil. [dialogue en russe] Il fallait un autre papier alors ?
  9. (insérer étapes 1 à 3) On récupère le papier B.
  10. On retourne au bureau B avec les deux papiers A et B. [dialogue en russe plus ou moins énervé] Cette fois ça passe ? Banco ! On récupère une attestation C qu’il faudra garder précieusement.
  11. Répéter 5 fois les étapes 1 à 10.
  12. Félicitations ! On a désormais toutes les attestations nécessaires pour faire le contrat D auprès de l’université, contrat qu’il faudra garder précieusement (encore) pour renouveler le visa E.

A noter que pour varier les plaisirs, on peut ajouter à n’importe quelle étape les options « Y aller avec Anastasia, parce que Dilyara a quand même des trucs à faire à côté, hein », « traduire de la paperasse française en anglais », « faire traduire la dite traduction anglaise en russe par Anastasia » ou « faire valider la traduction par un traducteur agréé ». Passé un certain point, on peut aussi remplacer tous les [dialogues en russe] par [dialogue en russe énervé] parce que Dilyara a beau être très gentille, y’a un moment ça craque… Et bien sûr, à aucun moment je ne comprends un mot de ce qui se dit, ce qui finit de rendre l’ensemble absolument surréaliste !

Pour les chanceux qui connaissent, ça n’est pas sans rappeler la maison qui rend fou dans « les douze travaux d’astérix ».

Parmi les myriades de documents qui ont transité par le bureau pour donner un poids légal à ma présence en Russie, on a également l’attestation de la visite médicale préalable au contrat. A priori, rien de notable. A priori.

Bon pour le service

Pour ce qui est de la visite médicale, rien d’extravagant elle consiste à aller voir 5 ou 6 spécialistes au sein de la clinique, qui me font chacun leurs petits tests (prise de sang, check up général, rythme cardiaque, etc…) avant qu’un généraliste ne vérifie le tout pour me déclarer en bonne santé. Le seul élément un peu exotique est une fluorographie (je crois, si il y a des étudiants en médecine passant par ici, ils/elles me corrigeront !) pour vérifier si je n’avais pas la tuberculose. Tout aurait pu se passer comme sur des roulettes si, par le hasard de la disponibilité des médecins, nous n’étions passés par la case « prise de sang » en premier…

La dame me prélève un tube de sang, puis deux, puis trois… je me dis que ça commence à faire pas mal, mais bon, c’est des petits tubes, pas de quoi en faire un fromage. Et puis nous sortons de la salle, nous remontons les escaliers pour aller à l’examen suivant, et là en attendant devant la porte, je me sens un peu faiblard quand même, donc je décide de m’asseoir et je dis à Dilyara que j’ai un peu la tête qui tourne.

En effet.

Je me réveille allongé par terre entouré par 5 personnes, dont une Dilyara au bord de la panique.

Précision: Pour profiter pleinement de l’anecdote, il peut être intéressant de savoir qu’il m’est déjà arrivé de tomber dans les pommes avant: c’était chez le dentiste suite à une anesthésie locale, et je m’étais réveillé par terre avec un masque à oxygène et deux personnes, me demandant si ça allait bien, au dessus de moi. Je suis donc en terrain connu. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde…

Et en effet, ma première réflexion quand je me réveille sur le sol de la clinique russe c’est « Et merde… encore ! ». Petite différence: là il y a plus de gens, et pas de masque à oxygène, mais deux personnes me tiennent les jambes en l’air. Et Dilyara qui me demande en boucle « Nicolas, are you OK ?! » sur le ton de l’angoisse la plus extrême. Personnellement une fois que j’ai compris ce qui s’est passé, je suis tranquille, à attendre que ça revienne, donc je lui dit que oui, pas de problème, je suis OK. Comble de cette scène d’anthologie, le moment où depuis ma superbe pose allongé par terre, je lui ai même dit de respirer pour se calmer, et de ne pas s’inquiéter. Je pense que quelqu’un aurait dû filmer ça.

Détail amusant, apparemment j’étais tout raide une fois tombé par terre !

Le reste de la visite s’est déroulé sans anicroche, j’ai même eu le droit à du chocolat gratuit pour me remettre (jackpot !). Dilyara m’a porté mon sac pendant 10 minutes, et je me dis d’ailleurs que ça commence à devenir une technique régulière de me faire porter mes affaires quand je suis malade (un petit souvenir des pyrénées ?)…

Et malgré cette petite péripétie, j’ai quand même été déclaré bon pour le service !

Quoi d’autre…

Depuis cette affaire, pas grand chose à signaler, je partage mes journées entre paperasse, apprentissage du russe, glandouillage, et paperasse, en attendant de discuter plus en détail de mes cours et sujets de recherche.

J’ai eu l’occasion de visiter le laboratoire de Tomographie aux rayons X (en gros ça fait des radios en 3D d’un échantillon), une technique très intéressante, et utilisée aussi bien en géologie qu’en archéologie ou en paléontologie. Pendant la visite, on a également pas mal papoté de l’histoire du Tatarstan avec le gars en charge de la machine, à tel point que Dilyara a du l’appeler pour demander où j’étais !

Dilyara et Anastasia m’ont aussi emmené visiter le musée du labo, qui ressemble à un vieux musée d’histoire naturelle, avec armoires en bois, squelettes de mammouths et échantillons de minéraux. Le musée étant vide à part nous, à un certains nombre de reprises, elles n’avaient pas l’air sûres que nous ayons le droit d’être dans certaines pièces, mais nous avons poursuivi l’exploration, partant du principe bien connu que « si c’est ouvert, tu peux y aller » (principe appliqué maintes fois avec brio par un certain Dominique L.).

Tout compte fait, ces deux semaines furent donc riches en anecdotes ! Je ne doute pas qu’il m’arrivera encore de nombreuses aventures, mais d’ici là les loulous, portez vous bien (et je tâcherais de faire de même) !

5 commentaires sur « 15 jours plus tard… »

  1. Et bien, quelles aventures !! tes péripéties administratives m’ont bien fait rire, mais j’imagine qu’il faut rester très zen…
    A très bientôt le plaisir de te lire de nouveau.
    bonne journée, nous, on reste confinés !

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  2. Coucou Nicolas,
    nous sommes TT et Mimi de Rouen, autrement dit la Maman de Babeth Artaud et la sœur de Babeth. Nous avons bien l’intention de suivre tes aventures, surtout que l’on a , à peu près que ça à faire . Alors n’hésite pas à nous raconter tes péripéties.
    Nous t’embrassons.
    A bientôt.
    Mimi et Tété

    Aimé par 1 personne

  3. Salut Nico, on a bien fait d’insister pour que tu le fasses ce blog! Merci de nous faire partager tes aventures, surtout que quand on partage à distance, on ne risque pas de se retrouver avec ton sac sur le dos…..Pour le moment, tu ne sembles pas débordé, mais cela t’a permis de visiter à fond, ce qui t’entoure. A bientôt pour de prochaines aventures…dans ton logement!
    Bises.

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  4. Très heureux Nicolas d’avoir grâce à la patience de ta maman, pu découvrir la totalité de ton blog, et de toutes tes aventures qui te sont arrivées. Isabelle a raison c’est Nico au pays des Soviets, merci pour ce premier tome, attendons le second avec impatience. Avec Mamy nous t’embrassons de tout coeur.

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